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Sauver les histoires avant qu’elles ne disparaissent : le projet touchant de Paul Peytoureau

Publié le 21 mars 2025 à 12h53

Un homme âgé de dos, avec des cheveux blanc, une veste rouge et un sac à dos en cuir. Il contemple une vaste étendue dos et les montagnes au loin.
Un homme âgé de dos, avec des cheveux blanc, une veste rouge et un sac à dos en cuir. Il contemple une vaste étendue dos et les montagnes au loin.

Ils ont tant à dire, et il les écoute. Sur les réseaux sociaux, Paul Peytoureau tend son micro aux anciens, capte leurs récits et tisse un pont précieux entre les générations.

« La rubrique nécro du journal, ce sont des histoires qui s’en vont. » C’est ainsi que Paul Peytoureau résume l’urgence et l’intérêt de son projet. Quand les archives et les images figées ne suffisent pas pour comprendre l’Histoire, comment la comprendre sans les voix pour l’incarner ? Avec sa caméra, Paul Peytoureau est allé à la rencontre de ceux qui l’ont traversé. Depuis trois ans, il enregistre des confidences, des souvenirs et des morceaux de vie, qu’il diffuse sur les réseaux sociaux. Très vite, son compte Instagram rencontre un succès fou. Entretien avec un réalisateur chevronné, pour qui la vieillesse n’a rien d’un naufrage.

D’où vous est venue l’idée du Tour de France des anciens ? Un déclic particulier ?

Paul Peytoureau : Mes grands-parents sont partis trop tôt. Quand j’ai perdu ma grand-mère en 2018, j’ai réalisé à quel point j’aurais aimé en savoir plus sur elle. Alors, j’ai eu envie d’interroger des gens qui ont connu son époque, et de leur poser les questions que je n’ai pas pu lui poser. J’ai commencé par mes voisines de 90 ans dans le Gers, puis je suis allé plus loin. L’année dernière, je suis parti trois mois aux quatre coins du pays pour interroger 150 personnes nées avant 1936.

Quelle est la nature de ces témoignages, et que représentent-ils pour ceux qui les partagent ?

P.P. : Généralement, ils abordent des souvenirs de guerre (Seconde Guerre mondiale, Algérie, Indochine), mais aussi et surtout, des aspects plus quotidiens de leur expérience : l’amour, le travail, la mode, la nourriture… Autant de fragments d’une époque où tout, y compris la place des anciens, était différent. Au fond, la plupart ressentent le besoin de transmettre. Ce qui me frappe, c’est que leurs récits sont parfois inédits même pour leurs propres familles.

Comment les personnes âgées perçoivent-elles leur place dans le monde d’aujourd’hui ?

P.P. : Elles ont souvent le sentiment d’être mises de côté. Avant, elles jouaient un rôle essentiel dans la transmission, car tous les membres de la famille vivaient dans la même maison. Ainsi, même si elles n’étaient plus en pleine possession de leurs moyens, elles avaient une utilité, elles pelaient l’ail, elles racontaient des histoires au coin du feu… Aujourd’hui, elles sont souvent éloignées des jeunes générations, en maison de retraite ou isolées. Ce projet d’entretien, c’est donc un moyen de les rapprocher des gens, de valoriser leur parole et leur expérience. Ils ont encore beaucoup à nous apporter.

Qu'espérez vous transmettre aux jeunes générations à travers ces témoignages ?

P.P. : Je veux leur montrer que vieillir, ce n’est pas forcément triste. On peut vieillir avec de l’esprit, de l’autonomie. J’aimerais aussi les pousser à parler aux anciens autour d’eux, à se rendre disponible. Je sais bien qu’on est tous pris dans le bourdonnement de nos vies, mais c’est une erreur de ne pas prendre un moment pour eux. Écouter quelqu’un de 90 ans, c’est apprendre autrement. Ça nous fait grandir, nous aide à relativiser, et nous fait voir le temps différemment.

Comment voyez vous l'avenir du projet ?

P.P. : Je pense qu’il y a urgence. Dans dix ans, il n’y aura plus de témoins directs des années 20 ou 30, un temps où l’oralité des histoires prévalait avant toute forme de média. Ainsi, j’aimerais élargir le format : un livre, un documentaire, une exposition… Mais ce projet ne doit pas s’arrêter avec moi. Il faudrait que d’autres prennent le relais, que ceux qui suivent le projet partent à la rencontre de leurs anciens. Il faut que cette mémoire collective continue d’être transmise et d’exister. C’est un travail infini !

Auteur : Marin TDM

Crédit Photo : JohnFScott / iStock

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